dimanche 19 février 2012


Évangile selon saint Luc
Chapitre 1, versets 1 à 4
Serviteurs de la Parole



1.     Déjà plusieurs ont entrepris de composer le récit des faits accomplis parmi nous,
2.     tels qu’ils nous ont été transmis par ceux qui, depuis le début,
les ont vus de leurs propres yeux, serviteurs de la parole.
3.     Ainsi, j’ai cru convenable, moi aussi, ayant tout scruté en remontant à la source, de l’écrire pour toi avec ordre, excellent Theophilos,
4.     afin que tu pénètres la sûreté des paroles que tu as reçues.


Matthieu, Marc, et maintenant Luc.
Un troisième Évangile.
Pour quoi faire ?
Par fidélité.
Pourquoi par fidélité ?
Parce que Jésus n'a rien écrit.
Il n'a rien écrit mais il a rassemblé autour de lui des disciples.
Des hommes, et des femmes aussi, et parmi eux les Douze.
Si Jésus l'unique avait voulu l'unicité pour l'Évangile, il l'aurait écrit lui-même, il l'aurait dicté, il aurait fait un coran chrétien.

Mais non.

Jésus est le Verbe, mais le Verbe incarné.
La parole qu'il transmet n'a de sens que portée par celui qui l'incarne. Et dans tout l'Évangile Jésus ne se réserve pas ce droit il reconnaît volontiers la Parole qui se manifeste en ses interlocuteurs.

Comme il y eut Douze apôtres, il y aura quatre Évangiles.
Seulement quatre ?
Cela suffit.
Cela suffit pour ouvrir la parole.
Pour autoriser et provoquer cette saisie de la Parole.
Que chacun de ceux qui lisent les quatre Évangiles puisse devenir, chacun pour sa part, porteurs de l'Évangile de Jésus de Nazareth, le Christ ressuscité.
C'est le même mouvement dont vivra Paul, le nouvel apôtre.

Déjà plusieurs ont entrepris de composer le récit des faits accomplis parmi nous, tels qu’ils nous ont été transmis par ceux qui, depuis le début, les ont vus de leurs propres yeux, 
serviteurs de la parole.

C'est bien déjà dans ce mouvement que s'inscrit Luc.
Luc se situe déjà dans une transmission.
Une transmission qui passe par des hommes.
Des hommes qui sont à la fois témoins, passeurs, mais aussi co-créateurs de ce qu'ils transmettent.
Luc ne pose pas la transparence parfaite de la transmission.
Il pose comme une première évidence la composition du récit.
Le récit n'existe que par ceux qui le composent, chacun suivant son coeur, selon sa couleur propre. 
Matthieu n'est pas Marc, ni Jean, ni Luc...

Certes leurs récits se fondent sur les mêmes faits, des faits uniques une vie singulière, celle de Jésus, l'Unique Messie.
Ce sont les mêmes faits, la même vie accomplie parmi nous, c'est à dire devant des témoins multiples, devant un nous qui est déjà un peuple.
Un peuple de témoins.

Et c'est déjà une sorte de définition de l'Église que nous propose Luc.
Les Chrétiens ? Ce sont ceux qui transmettent le récit de cette vie qui s'est accomplie sous leurs yeux.
Être témoin alors, c'est une charge qui nous est confiée, elle fait de nous des serviteurs de la Parole.
Tout part donc de ce qui a été vu, de ce qui a été vécu par Jésus devant témoin.
Mais tout cela dessine une histoire, c'est un récit qui a un début, un commencement, un déroulement...
Mais par contre, Luc ne lui oppose pas de fin.
Le récit se poursuit toujours et c'est par la transmission même de ce récit.
En effet, cette transmission continue actualise et renouvelle en permanence l'évènement originel, si bien que Luc peut écrire que ces évènements ont eu lieu parmi nous, mêmes si lui-mêmes n'en a pas été le témoin oculaire direct. 
La transmission par les serviteurs de la Parole maintient la Parole vivante.
Elle l'est encore aujourd'hui.

Ainsi, j’ai cru convenable, moi aussi, 
ayant tout scruté en remontant à la source, 
de l’écrire pour toi avec ordre, excellent Theophilos, 
afin que tu pénètres la sûreté des paroles que tu as reçues.

Elle est vivante la parole pour Luc.
Elle est venue le saisir, au point qu'il s'y plonge comme pour un baptême.
C'est un fleuve.
Un Jourdain.
Un fleuve que l'on peut remonter jusqu'à sa source.
Un fleuve qui se laisse remonter.
Ce n'est pas un torrent ravageur.
C'est une eau accueillante, bienfaisante.

C'est encore une parole qui se donne à voir.
On peut la scruter.
Elle se découvre.
Ce n'est pas une chose cryptée.
Il suffit de s'y livrer en remontant le courant.

C'est encore une parole qui se transmet.
Si Luc parle, s'il écrit, c'est qu'il s'adresse à Théophile.
Et Théophile lui même a déjà reçu cette parole, ces paroles.
Son nom même en témoigne.
Il est l'Ami de Dieu.
C'est déjà là le fruit de ces paroles qui lui ont été données et qu'il a reçues. 
Il est déjà devenu lui aussi un témoin, un serviteur de la parole et donc un ami de Dieu.

Témoin, serviteur et ami.
Nous voilà nous aussi comme Luc et Théophile engagés dans une relation mutuelle fondée sur les paroles, sur le récit, sur la transmission, sur le baptême qui nous relie les uns aux autres en Lui.
Amis dans la Parole.

Alors ce que vit l'un profite à l'autre, ce que l'un approfondit fortifie son semblable, moi pour toi, toi pour moi et nous tous ensemble.
Alors c'est la relation entre nous qui est le plus sûr fondement qui permet de pénétrer ensemble, et l'un par l'autre, dans l'ordre de la Vie.

Soyons pour Luc cet autre, son semblable.
Soyons lui cet aide bien accordée.
Soyons nous aussi son ami, son Théophile.
Avec lui, suivant l'ordre de son écrit, remontons à la source unique, à la source commune, scrutons la parole, laissons-nous aussi scruter par elle, éprouvons sa sûreté, laissons-nous éprouver par elle, qu'elle vive en nous !